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Idée reçue n°1 : « le nucléaire n’a jamais permis de réduire notre facture pétrolière »

La mauvaise foi ou l’ignorance guide bien souvent les déclarations et publications autour du sujet de l’énergie.

Alors la fin justifie les moyens ? la peur justifie-t-elle le mensonge ? Doit-on laisser contre-vérités, avidité et démagogie régner dans nos média avides de sensationnalisme ? on parle beaucoup du lobby nucléaire mais d’autre lobbies anti-nucléaires (pétrole, gaz, ENR,…) tirent-ils les ficelles derrière les grands communicants anti-nucléaires ?

Le grand public, dérouté par toutes ces affirmations péremptoires et contradictoires peut-il s’y retrouver pour exercer son droit démocratique au travers du vote et sondage d’opinion ?

On ne prétendra pas avoir youjours raison sur les autres, mais juste avoir le droit d’exprimer une opinion, apporter des éléments si possible honnêtes pour que chacun puisse se faire une opinion.

Sortons du dogme « anti » ou « pro » car il est réducteur et aveugle le jugement critique.

C’est l’objectif de ce blog citoyen.

 

Idée reçue n°1 (Novembre 2011)

François Brottes écrit :

« Le nucléaire n’a jamais permis de réduire notre facture pétrolière ».

La construction d’un parc de centrales nucléaires en France n’aurait en rien changé notre consommation de pétrole et les deux énergies ne peuvent se substituer l’une à l’autre, affirme en substance le conseiller de François Hollande.

Alors… doit-on y croire ou est-ce un bêtise démontrable ?

 

Libération : échange entre le journaliste Sylvèstre Huet  et François Brottes: 24 novembre 2011 

PÉTROLE ET NUCLÉAIRE, LES VRAIS CHIFFRES

Le conseiller pour l’énergie de François Hollande, François Brottes, publie aujourd’huiune tribune sur le site web de Libération.

Très pondéré, ce point de vue permet de mieux comprendre la politique énergétiqueproposée par le candidat du Parti Socialiste à l’élection présidentielle. L’essentiel de ce texte n’est donc pas traité dans cette note.

En revanche, il faut noter que cette tribune répète sans précaution une idée reçue très courante… mais fausse. François Brottes écrit : « le nucléaire n’a jamais permis de réduire notre facture pétrolière ». La construction d’un parc de centrales nucléaires en France n’aurait en rien changé notre consommation de pétrole et les deux énergies ne peuvent se substituer l’une à l’autre, affirme en substance le conseiller de François Hollande.

<voir le graphique dans l’article>

Or, cette affirmation n’est pas confirmée par l’analyse des chiffres de la consommation de pétrole en France. Il suffit de regarder le graphique ci-dessus (en millions de tonnes équivalent pétrole, Tep) qui montre la part du pétrole et des autres sources d’énergies depuis 1973 dans le mix énergétique français pour se douter qu’il y a un problème. En 1973, la France consommait 122 millions de tonnes de pétrole. En 2009, elle n’en consommait plus que 83 millions de tonnes. Une chute spectaculaire, de près d’un tiers !

Pourtant, entre 1973 et 2009, le parc d’automobiles et de camions a pratiquement doublé, même si la consommation unitaire a diminué, comme le montre le graphique à gauche où l’on voit que ce parc est passé de 20 millions à plus de 35 millions entre 1980 et 2009. (graphiques tirés du rapport 2010 de la DGEMP).

D’où vient cette chute spectaculaire de la consommation de pétrole, qui n’a que très peu d’équivalent dans le monde ?

Pour le savoir, il suffit de lire le graphique de droite. On y lit l’augmentation de la consommation totale des carburants des voitures et camions (Super, essence sans plomb, gazole, GPL) qui a pratiquement doublée depuis 1973.

A l’inverse on voit l’écroulement de la consommation de fioul lourd et une division par deux de celle du fioul domestique. Cet écroulement se produit entre 1979 et 1985, au moment où les centrales nucléaires commandéees en 1974 et 1979 commencent à entrer en service. En 1973, les grosses centrales électriques fonctionnant au fioul, comme celle de Porcheville (4 fois 600 MW pour alimenter Paris), brûlaient des millions de tonnes de pétrole et produisait la majeure partie de l’électricité. Et des millions de foyers (individuels et collectifs), de locaux commerciaux, administratif et artisanaux, des usines brûlaient du fioul pour se chauffer. Les écoles n’étaient pas en reste, je me souviens du poêle à mazout de ma grand-mère mais aussi de la salle de classe en préfabriqué installée à la hâte dans la cour du collège de Sèvres au début des années 1970. Mazout et pas d’isolation du tout… L’arrivée massive de l’électricité nucléaire a mis ces centrales et ces systèmes de chauffage au rencart.

Il ne semble donc pas exact, au prétexte que cela est vrai pour le transport routier – mais pas pour le transport par fer – d’affirmer que l’électricité nucléaire ne s’est pas substituée à d’importantes consommations de pétrole.

Est-ce que l’augmentation de la consommation de gaz – qui passe de 13 millions de tonnes en 1973 à 39 millions de tonnes en 2008 – contredit cette conclusion ? Non, pour deux raisons. D’abord, il y avait déjà 13 millions de Tep de gaz consommé. 39 moins 13, il ne reste plus que 26 millions de tep de gaz pour une éventuelle substitution gaz au pétrole. Mais surtout il y a une augmentation de la consommation d’énergie totale de près d’un tiers entre 1973 et 2008.

Autrement dit, l’augmentation de la consommation de gaz ne peut s’expliquer uniquement par une substitution au pétrole – de même que celle de l’électricité d’ailleurs – mais aussi par des usages nouveaux sinon il n’y aurait pas d’augmentation de l’énergie totale comsommée. A l’inverse, seuls le charbon et le pétrole voient leurs consommations diminuer entre 1973 et 2009 sans que les services auxquels ils participaient (chaleur, production d’électricité, motorisation…) diminuent. Même s’il est difficile de chiffrer très exactement les parts respectives du gaz et de l’électricité dans la diminution spectaculaire de la consommation de pétrole, celle de la seconde est nécessairement majeure puisque c’est l’énergie qui a le plus augmenté dans la période considérée, autrement dit qui a le plus contribué d’une part aux usages nouveaux et d’autre part à la substitution au pétrole et au charbon.

 

 

 

 

Ajout le 25 novembre :

Mr Brottes m’a très courtoisement fait parvenir une réaction à cette note. La voici :

CherMonsieur,
Comme convenu, je souhaiterais réagir rapidement à votre publication, à toutes fins utiles.

Dans ma tribune (« Nucléaire : le bouquet énergétique n’a pas qu’une fleur »), je parle bien de facture et non de consommation pétrolière.

Mais quand on parle d’énergie, il faut bien faire la différence entre consommation et facture : ce qui pèse sur l’économie, les ménages et les entreprises, c’est la facture.

Or, si la consommation de pétrole a effectivement baissé depuis 1973, la facture de pétrole ne s’est pas réduite : celle 1973 est équivalente à celle de 2009, en euros courants (de l’ordre de 30 milliards d’€).

Au-delà des chiffres, ce que je voulais souligner, c’est que notre dépendance au pétrole restait importante, malgré l’importance du nucléaire. On a remplacé du chauffage fioul par du chauffage électrique dans des logements mal isolés, ce qui n’est pas non plus une solution durable.
Avec mes salutations les meilleures,

FrançoisBrottes
député de l’Isère, 1er vice-président SRC en charge de l’économie et de la communication »

 

Ma réponse :

Le problème posé par votre phrase, et auquel j’ai répondu et uniquement à cela car pour le reste votre texte me semble tout à fait raisonnable, c’est le mot « jamais« . Vous avez écrit: « « le nucléaire n’a jamais permis de réduire notre facture pétrolière ». Il suffisait d’écrire « le nucléaire ne permet pas aujourd’hui et pour les années à venir de réduire notre facture pétrolière » pour éviter toute remarque de ma part.

Le point que j’ai soulevé ne porte pas sur le présent, ni même sur les 25 dernières années, mais sur ce qui s’est passé entre 1973 et 1990, et plus exactement le milieu des années 1980. A l’époque, la mise en service de centrales nucléaires a contribué de manière majoritaire à la réduction massive – entre le quart et le tiers – nos importations de pétrole qui passent alors de 122 millions de tonnes à 88 millions (1990). Or, cette réduction massive s’observe alors que la consommation des carburants augmente, à la seule exception de 1974. D’un point de vue concrêt, elle resulte de la substitution massive du nucléaire au pétrole dans la production d’électricité et de chaleur domestique et industrielle. Cette action fut un « oneshoot » et ne pouvait pas se renouveler. Il est donc hors de propos de faire appel à la facture ou même à la consommation actuelle depuis 1990 pour discuter de ce point.

Bien entendu, à l’époque comme aujourd’hui, l’effet sur la « facture » doit être mesuré hors effet « prix du pétrole importé » sur lequel nous n’avons aucun moyen d’action. Le nucléaire joue sur les quantités utilisées, et pas directement sur la facture, mais c’est bien l’effet consommation qu’il faut regarder si l’on veut raisonner sur une relation entre les deux énergies.

Vous reconnaissez que le nucléaire a permis de diminuer la consommation de fioul domestique pour le chauffage… mais vous passez à côté de l’essentiel puisque la majorité de la diminution de la consommation de pétrole entre 1973 et1990 vient de l’écroulementde celle de fioul dans les centrales électriques.

Enfin, sur le chauffage, il est évident que chauffer un logement mal isolé est un coût et ungaspillage supplémentaires qu’il faut combattre, mais c’est valable quelle que soit l’énergie utilisée. A cet égard, il faut noter que le moyen de chauffage le plus répandu en France, c’est le gaz (importé) et non l’électricité dont l’usage pour se chauffer ne représente que 17% de la consommation.

Sylvestre Huet

Par Sylvestre Huet, le 24 novembre 2011

Conclusion du présent blog:

Un commentaire noté suite à cet article :

« Ce que n’a pas dit Sylvestre Huet, c’est qu’il est parfaitement possible au nucléaire de faire baisser la consommation de carburants dans l’avenir si se développent les voitures [ou chauffages] électriques. D’autre part, se focaliser uniquement sur la facture pétrolière, en ignorant la facture de gaz et de charbon que le nucléaire nous permet d’éviter, [semble illustrer la pensée unique qui domine actuellement dans certains milieux médiatiques et verts]. »

Pour en savoir plus pour les plus courageux : « Qu’est-ce que l’énergie, exactement ? »

et pourquoi nos emplois et nos retraites dépendent de l’abondance durable de l’énergie…

http://www.manicore.com/documentation/energie.html

Commentaire : « La crise actuelle est due à la pyramide de Ponzi (la rentabilité est artificiellement gonflée par la spéculation sur les rendements futurs… Jusqu’à une crise de confiance) que nous avons bâtie depuis 1975, en croyant au retour de la croissance alors que cette dernière est devenue de plus en plus dure pour des raisons physiques
L’émergence des BRIC crée un effet d’éviction supplémentaire durcissant les conditions pour l’OCDE, mais il y a autre chose. »

« La question de l’éthique vis-à-vis des générations futures est donc posée. »

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