Idée reçue n°2 : « L’écologie c’est moins de nucléaire. Il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier »

L’enfer [du fossile] et les bonnes intentions [vertes]

Idée reçue n°2 :

« L’écologie c’est moins de nucléaire. Il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier »

Alors… doit-on y croire ou est-ce finalement une bétise démontrable ?

Entre une petite catastrophe fossile, ou une grande catastrophe fossile, mon coeur balance ? Non. Il y a urgence à réduire ce risque.

Et avoir atteint 75% de l’électricité française produite par le nucléaire (près de 15% à 20% de l’énergie finale totale consommée) est une grande réussite qui devrait être maintenue dans la mesure du possible.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas un seul panier mais deux. Un panier pilotable sans fossile (hydroélectrique, biomasse et électro-nucléaire) et un panier variable (éolien intermittent, et photovoltaïque assez prévisble mais discontinu).

Bon. En fait, il est déjà trop tard à court terme. Cette proportion diminuera malheureusement puisque qu’il est déjà trop tard pour remplacer les centrales qui arriveront en fin de vie. Il faut 10 ans pour construire une nouvelle centrale (3 ans pour les études, et 7 ans de travaux) sans compter le temps de décision préalable.

Et on ne parle pas de l’augmentation inéluctable des besoins, même avec de forts économies réalisées.

Cette réussite pour le service public doit donc résolument être pérennisée. Il faut probablement renationaliser les 10% qui lui ont récemment échappé (comme l’Europe l’autorise). Et relancer les constructions dès 2020 pour viser 100 GW en 2050 (63+37 additionnel).

Au bilan : C’est une réussite pour la santé (moins de pollution atmosphérique), une réussite pour le budget de la nation (des dizaines de milliards d’enrichissement),  une réussite pour l’emploi (un atout technologique à haute valeur ajoutée, moins délocalisable que le solaire par exemple).

Pour approfondir : voici un Article de JM Jancovici

« Voici donc qu’un tsunami japonais a mis l’énergie au centre d’une élection présidentielle en France. Même si la voie empruntée est originale, et le sujet pour le moment un peu partiel (le nucléaire), il était temps !

Qu’est-ce que l’énergie ? Tout simplement ce qui permet de chauffer, refroidir, déplacer, tordre, étirer, laminer, mélanger, transmettre, creuser, ériger… En nous ayant fourni moteurs et chimie, et en ayant multiplié par plusieurs centaines l’action de nos seuls muscles, l’énergie est devenue le sang des sociétés industrielles. L’économie étant une énorme machine à transformer des ressources naturelles à l’aide d’énergie, plus on a d’énergie et plus on peut créer de PIB… tant que nous n’avons pas de limites sur les ressources.

Entre la fin du 19è siècle et 1975, la consommation d’énergie par personne, en moyenne mondiale, a augmenté d’environ 2,3% par an. Toutes choses égales par ailleurs, chaque terrien a donc pu créer 2% de flux physiques en plus chaque année. Dans le même temps, le progrès sur l’« efficacité énergétique de l’économie » a amélioré tous les ans la production par unité d’énergie de 1% supplémentaire. De ce fait, jusqu’aux chocs pétroliers, le PIB par personne progressait de 3% par an en moyenne mondiale.

En 1980, le pétrole, soit 40% de la consommation d’énergie finale dans le monde aujourd’hui, est brusquement passé de 5,5% de croissance annuelle moyenne à… 0,8%, soit bien moins que la démographie (et depuis 2005 c’est zéro). Malgré l’augmentation du gaz et du charbon, la croissance de l’énergie par terrien est soudainement descendue à 0,2% par an. Nos 0,9% d’efficacité énergétique de l’économie par an étant toujours là (mais pas plus, il n’y a donc pas eu de dématérialisation massive dans les faits), la croissance du PIB par personne est passée de 3% à 1% par an, au surplus en prenant place au sein des émergents pour l’essentiel. Notre problème de dette en Occident est une conséquence directe de cette incapacité à retrouver une croissance forte parce que l’énergie qui alimente l’économie est déjà soumise à des limites depuis plusieurs décennies.

Maintenant, parlons d’avenir. En 2010, la France a consommé 1800 TWh (un TWh = un milliard de kWh) d’énergie finale, pour un PIB d’environ 1900 milliards d’euros, soit 1 kWh d’énergie finale par euro de PIB. Au sein de ces 1800 TWh, 750 viennent du pétrole, 450 du gaz, 300 du nucléaire, 100 du charbon, 100 du bois et 50 de l’hydroélectricité (l’éolien fournit 10 et le photovoltaïque 1 : autant ne pas en parler !).

Respecter la loi de 2005 sur l’énergie, qui prévoit une division par quatre de nos émissions de CO2 d’ici à 2050, signifie que nous passons de 1350 à 350 TWh sur les énergies fossiles. Y rajouter l’accord PS-EELV signifie supprimer les 300 TWh de nucléaire, car s’arrêter en chemin n’est pas vraiment logique si le nucléaire est si diabolique que cela. Et les renouvelables ? En étant très optimiste, elles passeront de 150 à 350 TWh, car elles ont besoin de beaucoup plus de capital par kWh fourni que les énergies fossiles. De 1800 TWh aujourd’hui, nous arrivons donc à 700 en 2050.

Admettons que, dans le même temps, nous conservions 1% de gain annuel sur l’efficacité énergétique de l’économie. C’est une hypothèse audacieuse, car la rotation du capital (voitures, immeubles, etc) nécessaire à la baisse de la consommation va justement se ralentir avec moins d’énergie disponible et donc moins de PIB. Avec 700 TWh disponibles, notre PIB serait alors de 900 milliards d’euros environ. Toute croissance démographique accentuera la baisse par personne. On peut tout à fait soutenir qu’il est souhaitable de diviser le PIB par deux, et les Verts le font parfois. Mais le PS a-t-il bien compris que c’est cela qu’il proposait dans les faits ?

Jusqu’où peut-on aller dans l’autre sens ? Pour les combustibles fossiles, une partie de la messe est dite de toute façon. La production mondiale de pétrole – que nous importons en totalité – diminuera de moitié environ d’ici à 2050, et il faut y rajouter l’effet d’éviction du aux émergents qui prendront une part croissante de ce qui restera. Le gaz européen va aussi baisser : il vient pour 60% de la Mer du Nord, qui a entamé son déclin, et les Russes ne compenseront pas la différence. Envisager de remplacer le nucléaire par du gaz d’ici à 2030 est une chimère : à l’échéance de ce remplacement, le gaz nécessaire ne sera pas là. Dans ce contexte, l’urgence est plutôt de consacrer nos capitaux à sortir le plus vite possible gaz et fioul du chauffage (environ 400 TWh au total) pour les remplacer par de l’isolation et… du chauffage à l’électricité nucléaire ! Idem pour les transports, où il faut supprimer 400 à 500 TWh de pétrole en divisant la consommation des véhicules par 3 et en électrifiant une partie des véhicules… sans CO2.

Mais les Allemands ? Que l’on ne s’y trompe pas : nos amis ne s’apprêtent absolument pas à faire la « transition vers les renouvelables ». Ils vont surtout faire appel au gaz russe – ils ont eu la bonne idée de se mettre juste au bout d’un nouveau gazoduc – et au charbon, qu’ils ont chez eux. Leurs émissions de CO2, qui sont de 10 tonnes de CO2 par personne et par an contre 6 pour un Français, augmenteront encore si ce plan est mené à terme avec un PIB maintenu, alors qu’il faut viser 2 tonnes par habitant. La sortie du nucléaire en Allemagne risque de signer le début de la fin de « l’Europe du climat ». En matière d’écologie, belle réalisation !

Faire le facteur quatre sur les fossiles, supprimer le nucléaire et développer « ce que nous pouvons » sur les renouvelables signifie environ 700 TWh et 900 milliards d’euros de PIB en 2050. A l’opposé, faire le même effort sur les fossiles (à la baisse) et les renouvelables (à la hausse), tout en augmentant le nucléaire de 50%, autorise plus de 1000 TWh et 1400 milliards d’euros de PIB en 2050. La deuxième option, qui suppose déjà un plan Marchall comme nous n’en avons jamais vu depuis la reconstruction, et, déjà, l’oubli de la croissance comme objectif cardinal, est probablement jouable dans un monde qui reste pacifique et démocratique. Pour la première, c’est moins sûr. »

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