Idée reçue n°36 : « C’est l’émotion engendrée par Fukushima qui a convaincu Mme Merkel de sortir du nucléaire »

Faux.

Avez vous souvent vu les allemands guidés par leurs émotions ?

Que neni.

L’inquiétude internationale suscitée par Fukushima a été une occasion précieuse pour le parti de Mme Merkel de tirer avantage de la situation.

Alors que son pays ne voyait aucune perspective florissante dans son industrie nucléaire vu leur tradition pacifiste et aux succès de ses concurrents dans cette discipline (dont certains français , le gouvernement Merkel a choisi de prendre le risque d’aggraver le péril climatique et de rompre l’union en Europe en sortant unilatéralement du nucléaire. En effet, les politiques en matière d’infrastructure imposent impérativement des évolutions planifiées en commun. L’amitié d’après guerre avait été scellée sur des bases énergétiques (le charbon et l’acier), on peut donc craindre ici pour la paix tant ce casus belli de l’énergie est une trahison dans la solidarité franco-allemande.

Mais ce risque, pour ce qui est de l’économique, est mesuré. En effet, elle continue à s’appuyer sur les ressources étrangères en cas de black out (grace notamment aux centrales nucléaires européennes) et dispose du temps nécessaire pour construire de nouvelles centrales thermiques traditionnelles si la technologie évolue comme prévu … C’est à dire que les ENR ne peuvent prendre le relais à temps.

La CDU a  donc clairement ouvert la voie à un plus large approvisionnement fossile, ce que Poutine ne manquera pas d’apprécier en ouvrant son marché aux produits allemands dans le cadre de l’OMC. Et malgré les nouvelles normes de ces centrales qui réduisent grandement les nuisances atmosphériques, c’est néanmoins toujours plus de morts dans les guerres pour les énergies fossiles, et de malades à cause de la pollution atmosphérique (10 000 morts prématurés /an rien qu’en France et combien de malades ?)

En effet, grâce aux nouvelles infrastructures d’approvisionnement en provenance de Russie (et les récentes promesses du gaz de schiste !) , elle s’assure que son autonomie ne sera pas menacée. De plus, les réserves de charbon dont elle dispose et le parc de centrales existant lui permet aisément d’éviter d’importer de l’électricité, laissant imaginer qu’on peut se passer à bon compte du nucléaire à ce stade.

Mais cette décision est aussi et surtout électoraliste. Face aux défaites enregistrées, son parti coupe l’herbe sous le pied sur ce critère aux alliances entre les Verts et les sociaux-démocrates, évitant ainsi de futures défaites.

Enfin, l’image du pays, perçu désormais fallacieusement comme en pointe sur les « énergies propres » (éolien, solaire, etc…) s’en trouve valorisée dans le monde. Par la même occasion, son industrie ENR devient subventionnée et donc compétitive du fait des contraintes industrielles qu’elle s’est elle-même infligée.

Effectivement, les conditions d’une telle décision étaient réunies : pas de concurrence chez le SPD, relativement bonne isolation des bâtiments, électricité déjà onéreuse, lobbies européens prêts à exiger la construction de nouvelles lignes à hautes tension,  et pouvoir d’achat élevé (tant pour le particulier que pour l’industrie florissante) pour pouvoir absorber un tel renchérissement. De plus les objectifs fixés par l’Europe sur l’indépendance énergétique et économique sont très peu contraignants.

Il n’y a donc pas à chercher de vertu chez le politique : juste un savant calcul de ses intérêts à venir.

(Idem pour M. Chirac qui annonça refuser la guerre du golfe pour des raisons éthiques, alors que ses contrats officieux sur le pétrole avec M. Saddam Hussein allaient être rompus si une coalition parvenait à renverser le gouvernement irakien).

JL Mélenchon confirme ceci quand il analyse la politique des prédécesseurs allemand, le SPD :

“Le gel du programme nucléaire décidé sous couleur d’écologie a, en réalité, été surtout imposé à Schröder par les firmes privées. Elles sont en effet incapables de financer le renouvellement du parc nucléaire à long terme.”

Sans être fanatique du nucléaire, attention à ne pas croire immédiatement que le même raisonnement pourrait engendrer de bons résultats pour la France ou d’autres pays européens…

Pour en savoir plus sur ce pari, lire l’article ci dessous :

http://www.sauvonsleclimat.org/images/articles/pdf_files/etudes/Regards310712.pdf

Autre source : la conférence de Jean-Claude Pellerin du CEA Saclay de juin 2013 (vidéoconférences du Cyclope) :

http://www-centre-saclay.cea.fr/fr/Transition-energetique-Le-defi-allemand

 

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Un commentaire sur “Idée reçue n°36 : « C’est l’émotion engendrée par Fukushima qui a convaincu Mme Merkel de sortir du nucléaire »

  1. Complément le 3/02/2013 : les symptômes de surtensions sur les EnR se confirment ?

    L’article ci dessous « Germany’s energy switch near collapse -Verbund CEO »
    nous suggèrent quelques réflexions :

    – La production est achetée au prix fort par les distributeurs qui sont rémunérés indépendamment du marché par une taxe prélevée sur les particuliers
    – Les producteurs normaux d’électricité se trouvent parfois en surproduction, ils bradent leur courant et perdent de l’argent
    – Ils n’investissent plus
    – Il est aussi probable que les gestionnaires des réseaux ne puissent plus être suffisamment rémunérés pour développer et entretenir les réseaux.
    – Les producteurs « décentralisés » bénéficiant de l’obligation d’achat n’ont aucune responsabilité vis à vis des réseaux
    – Le système devient instable et on court à l’explosion d’une vraie bulle, physique celle là…

    http://www.xe.com/news/2013-01-30%2007:36:00.0/3177021.htm

    Autriche, Vienne, 30 Janvier 2013 (Reuters) –
    (traduction française par le rédacteur de ce post)

    « La transition de l’Allemagne vers les énergies renouvelables est vouée à l’échec avec des prix à la consommation à leur maximum depuis 15 ans,
    alors que les prix de gros se morfondent », indique le chef de la direction du groupe énergétique autrichien Verbund.

    Le marché allemand, en raison de son retrait du nucléaire après la catastrophe de Fukushima au Japon 2011, est « sur le point de s’effondrer », déclare Wolfgang Anzengruber, citant « un manque d’investissement qui aggrave un modèle de prix cassé ».

    « Une correction très rapide est nécessaire, » a-t-il déclaré lors d’un événement du monde de l’industrie mardi, rapporté par l’Agence de presse Austria.

    « Le soutien fort de l’Allemagne à l’énergie renouvelable a cassé son marché de l’électricité », rapportent les analystes de la Banque d’investissement Macquarie.

    Ils ont dit qu’il y avait « un manque d’incitation à construire des centrales électriques de secours alors que les prix du charbon bon marché découragent
    l’utilisation de centrales au gaz plus propres ».

    La question est un sujet d’actualité avant les élections en Allemagne cette année alors que les consommateurs luttent contre la flambée des prix de l’électricité.

    Le ministre de l’environnent Peter Altmaier déclare lundi qu’il a prévu de réduire les coûts de l’électricité pour les particuliers juste au moment des élections nationales de septembre en répartissant davantage vers les entreprises les coûts de la transition vers les renouvelables.

    Anzengruber indique que l’Autriche ne pourra pas échapper aux effets de cette politique énergétique à proximité de l’Allemagne.

    Les titres de Verbund, spécialisées dans l’énergie hydroélectrique, ont été dégradés par UBS ce mardi de « Neutre » à « Vendre » du fait de l’effondrement du prix des ventes d’électricité.

    Les titres de Verbund ont fondu de 14% cette année en dépit d’une forte croissance de l’index autrichien ATX lequel fut soutenu par la confiance dans les marchés financiers européens.

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