Idée reçue n°52: « Le Thorium serait la face gâchée du nucléaire »

Non …le Thorium n’est pas à ce jour « lié à la face gâchée du nucléaire ». Explications.

Voici en synthèse l’avis éclairé d’un spécialiste du nucléaire, Hervé Nifenecker, Président d’honneur de l’association environnementale Sauvons Le Climat (www.savonsleclimat.org):

« Cette émission est intéressante. Je partage tout à fait le point de vue de James Hansen et d’au moins un des participants affirmant que la priorité est de lutter contre le réchauffement climatique et qu’il serait absurde et criminel de se passer d’un moyen efficace pour le faire, la production d’électricité par le nucléaire, l’exemple de l’Allemagne montrant que l’éolien et le solaire ne sont pas à la hauteur du défi. Par ailleurs, là encore, comme le rappelle James Hansen, le nucléaire, depuis sa mise en œuvre, y compris en tenant compte de Tchernobyl et Fukushima, est à l’origine de beaucoup moins de décès que les fossiles, et même que la plupart des renouvelables si on compte aussi les décès dans le processus de construction et d’extraction de matières premières (analyse en cycle de vie). Le magazine Forbes donne les nombres de décès pour produire 1000 TWh (2 fois la consommation française) : charbon 170000 morts, gaz 4000, biomasse 24000, solaire 440 , nucléaire 90. La peur inspirée par le nucléaire est sans commune mesure avec son danger réel.

Dans l’émission il faudrait distinguer nettement deux problématiques : les réacteurs à sels fondus, d’une part, le cycle thorium d’autre part.

Les avantages de sûreté des réacteurs à sels fondus me paraissent indiscutables. Il faudra toutefois gérer le devenir des produits de fission, même si la production d’actinides mineurs est clairement réduite. La nécessité d’un stockage de longue durée ne disparaîtra pas, et, si on retient un stockage géologique, il faut noter que les actinides mineurs sont très peu solubles dans l’eau et très peu mobiles dans des milieux comme l’argile. Les radionucléides qui remonteraient éventuellement en surface sont des corps solubles comme l’Iode et le Césium et non des actinides. Par ailleurs comme il est nécessaire de retraiter les sels pour en extraire les poisons neutroniques les opérateurs pourraient quand même être accidentellement exposés à des doses de radiations élevées.

Si on désire un nucléaire durable il est nécessaire que les réacteurs produisent plus de noyaux fissiles qu’ils n’en consomment. Cette condition est actuellement remplie par des réacteurs à neutrons rapides refroidis au Sodium (comme l’étaient les réacteurs Phénix et Super Phénix). Les réacteurs à sels fondus devront donc être au moins régénérateurs, qu’ils fonctionnent avec le cycle Uranium-Plutonium ou avec le cycle Thorium-Uranium. Dans le premier cas l’utilisation de réacteurs à neutrons rapides est obligatoire. Dans le second cas il est possible de faire appel à des neutrons lents et c’est bien ce qu’a fait l’expérience d’Oak Ridge. Mais l’équipe de Daniel Heuer a montré que, là aussi, l’utilisation de neutrons rapides était beaucoup plus intéressante. A terme, on voit donc que la vraie concurrence s’exercera entre réacteurs à neutrons rapides classiques et réacteurs à neutrons rapides à sels fondus.

En ce qui concerne le Thorium, l’émission passe sous silence le fait qu’un noyau fissile doit absolument être ajouté au Thorium, que ce soit de l’uranium 235 ou du plutonium 239. L’autre possibilité est de disposer d’uranium 233 qui est lui-même produit par irradiation du Thorium. Il n’y a pas de réserve d’uranium 233 et il faudra produire les premières charges. Actuellement cette production ne peut se faire qu’en irradiant du Thorium dans des réacteurs classiques. Lorsque les premiers réacteurs à sels fondus-thorium fonctionneront grâce à de l’uranium 235 ou du plutonium 239, il faudra extraire les produits de fission qui capturent des neutrons et empoisonnent donc le réacteur. Pour assurer une croissance du parc de réacteurs au Thorium il faudra aussi extraire l’uranium 233 des réacteurs existants pour en construire de nouveaux.

En résumé, les choses ne seront pas aussi simples que l’on pourrait le penser en voyant le documentaire. Il reste que les réacteurs à sels fondus pourraient avoir de grands avantages et qu’il est nécessaire de disposer de quelques maquettes (réacteurs d’une puissance de quelques dizaines de MW). Les Chinois sont sur cette voie. Il est temps que les Européens s’y mettent s’ils ne veulent pas manquer un tournant qui pourrait s’avérer fondamental. La question du financement se pose. Daniel Heuer avance un besoin de financement de 100 millions d’euros (10 millions par an pendant 10 ans). Or le soutien au développement de l’éolien et du solaire coûte environ 5 milliards d’euros chaque année aux Français ( la CSPE prélevée sur la facture d’électricité des consommateurs d’électricité). Il suffirait de réaffecter 2 pour mille de la CSPE au développement des recherches sur le nucléaire sûr et durable.

La confirmation expérimentale des qualités annoncées des réacteurs à sels fondus permettrait sans aucun doute de se lancer dans la construction d’un démonstrateur commercial. »

Commentaire accessible ici :

http://disq.us/p/1c9t2bs

Extrait du forum d’Arte relatif à la diffusion de ce documentaire :

http://www.arte.tv/guide/fr/050775-000-A/thorium-la-face-gachee-du-nucleaire

 

 

 

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par nikopol92

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