Idée reçue n°48 : « Le prix de l’EPR de GB est supérieur à celui de l’éolien terrestre »

Le citoyen a le droit de comprendre…

En effet, les détracteurs de l’EPR usent avec délice des illusions d’optique que les prix bruts font apparaitre dans la presse.
Et bien sûr, les médias ne jouent pas leur rôle en diffusant des informations non contextualisées ni relativisées.

On entend souvent :

« Après tout, 112 € (EPR GB) c’est plus cher que 80 € (éolien terrestre) ? »

Mais le diable se cache dans les détails…

En fait il faut dire « 80 € (EPR France, car, en insulaire GB, le coût de l’énergie est +20% que sur le continent), c’est moins cher que des EnR à 250 € en moyenne à service constant, réparties diversement entre :

• 160 € (éolien terrestre : 80 € + externalités de 80 € pour le même niveau de service qui inclut :
o Le backup gaz, taxe carbone comprise, quand, à 77% du temps le vent est insuffisant, et qu’au delà des 10 GW utile l’ajustement efficace de la base n’est plus possible (surtout si en Europe plusieurs pays comptent sur le backup des autres…). Et pas de foisonnement en Europe au delà de 7 à 14%.
o Les lignes à haute tension supplémentaires vu la décentralisation du courant (vivement refusées par les populations), qui concerneront moins les EPR construits dans les sites existants,
o Les ajustements techniques vu la faible qualité du courant (continuité de la tension, que la collectivité est obligée d’assumer dans les coûts cachés)
o Tout ceci dans une proportion du mix limitée vu les zones réellement venteuses déjà assez saturées,

• 240 € (éolien offshore 180 € + 60 € de backup) (car l’offshore produit peu ou pas du tout durant 67% du temps).

• 250 € (photovoltaïque 150 € (moyenne Nord/Sud car on confond les prix des latitudes très méridionales et la France…) + 60 € de backup) (ne fonctionne en moyenne pas durant pas durant 85% du temps vu le soleil variable.)

• 350 € grand minimum (hydroliennes) (maintenance très onéreuse vu le milieu hostile marin (matériaux de construction, énergie grise, corrosion, obstructions, plongeurs, méteo)

Alors pourquoi « 80 € » pour l’EPR en France et pas les « 112 € de GB » ? où passent ces 32 € de surcoût ?

La Cour des Comptes, rare organisme dont l’objectivité n’est pas contestée, explique bien  le coût du nucléaire ici. (dont les futures « incertitudes » abondamment citées (démantèlement, ré-enfouissement sécurisé des matières fissiles) sont évaluées en réalité à 10% du prix soit 8 € /MWh …).

Mais qui prend le temps de lire les sources fiables ?
Les biais cognitifs nous incitent à aller vers « ce qui nous plait » et à émettre une opinion sans réflexion réellement rigoureuse…

Pareillement, les auditions de l’assemblée nationale l’expliquent comme par exemple celle des professionnels les plus au fait de ces données ici :

Résumé : Le tarif GB est en fait déformé par des spécificités régionales et financières qui expliquent ces +32 € par rapport à la France :

* Tous les coûts énergétique de GB sont 20 à 30% plus élevés (Île, accès plus difficile, structure du marché)

* Le coût supplémentaire lié à l’aménagement de la zone : il faut à Hinkley Point revoir sensiblement la configuration du site pour amener et sécuriser la source d’eau froide.

* Les coûts supplémentaire de réseau (l’ajout d’un réacteur en France n’oblige pas à créer de nouvelles lignes « from scratch »)

* Les frais financiers : un projet privé ne permet pas d’accéder au financement public, meilleur marché.

* Les bénéfices privés (9 % de marge) : en France les bénéfices pour la nation sont indirects, on peut donc modérer les marges souhaitées, sans léser l’actionnaire France.

* Un tête de série nationale coute bien sûr plus cher qu’une 1 iième centrale produite en série. (+15%)

* C’est la moyenne du parc qui fait le prix, pas une seule unité. Il y a toujours des centrales amorties qui moyennent le coût des nouvelles centrales à la baisse puisqu’on lisse les constructions sur 30 ans

Extraits :
« À propos de Hinkley Point, les 92 livres sterling par MWh doivent être rapportés au prix d’exercice (strike price) de l’éolien, qui s’élève à 90 livres en Grande-Bretagne et à 85 euros en France ; l’ordre de grandeur est le même pour les cycles combinés à gaz. Dans ce domaine, le prix est quasiment le même en livres et en euros, parce que l’énergie est plus chère de 30 % en Grande-Bretagne.

M. Hervé Machenaud. Nous calculons le coût de production par MWh de notre parc en France – dont l’EPR fera partie dès qu’il sera exploité –, mais pas de chacune des centrales qui le composent. En effet, ce coût dépend largement des choix de positionnement, d’arrêt, etc., liés aux arbitrages entre les différents réseaux de production et les différentes centrales, pour des raisons de sûreté ou de maintenance. »

Et l’éolien ? on compare (volontairement) des torchons et des serviettes !

D’un côté on met en avant l’EnR électrique intermittente la moins chère : l’éolien terrestre (80 €/MWh) mais en prenant bien soin :
• de masquer qu’au-delà de 10 GW de puissance utile en France, la base ne pourra plus s’adapter sauf à gaspiller des sommes très importantes (stockage, effacement,…)
• d’omettre que la moyenne des EnR coute plutôt 250 € en moyenne hors subvention et obligation d’achat
• de cacher que les matières premières ponctionnées sur la planète sont 3 à 6 fois plus gourmandes pour l’éolien (béton, sable, métaux,…) que le nucléaire ou l’hydro-électrique,
• que les nuisances de l’éolien pour les populations (très décentralisé) sont infiniment plus pénibles que pour le nucléaire (très concentré et presque sans nuisance autour)
• de nier qu’un improbable accident, aussi improbable qu’il soit, est bien moins délétère que le statu quo actuel des fossiles (pétrole, gaz, charbon) : la radioactivité fait des morts à haute dose, mais sur une population rapidement évacuée sous 30 km, distribution d’iode, calfeutrement dans les habitations, la rapide dilution (carré de la distance) n’entraine pas de mortalité sensible car les 50 à 100 mSv ne sont pas atteint (avec des précautions alimentaires sur les ressources locales à ne pas consommer quelques temps).
• d’oublier qu’il n’existe pas de meilleure alternative aux scénarios DECARB (notamment cliquer ici : Négatep ou voir l’ensemble du site www.SauvonsLeClimat.org ainsi que par exemple le site du RESSEC avec son scénario RESSEC2050 www.ressec.wordpress.com/about )

En effet, 2 000 milliards de gaspillés, c’est autant de morts et malades par chômage, insécurité, manque de soin, d’éducation, etc…
L’énergie la moins chère n’est pas celle qu’on ne consomme pas, mais celle qui est socialement la plus vertueuse (augmentons l’électricité pour diminuer les fossiles)

Résultat, la cible vertueuse en énergie utile est par exemple : 35% d’EnR (majoritairement chaleur) et 35% de nucléaire (100 GW) pour ne laisser que 20% de fossiles en attendant mieux.
Voilà le projet de société, qui conjugué avec les -15% d’économies supplémentaires au rythme actuel, peut nous sortir de l’impasse à venir.

Plus de détail sur les comparatifs de coûts ? Voir le prix du « watt utile ».
http://www.energie-crise.fr/spip.php?article90

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ANNEXES ET COMMENTAIRES 2016 :

 

Thibault Lalonde relativise les prix ici

 

Rendement financier :

« Yannick d’Escatha,conseiller du PDG: Un retard de livraison de 4 ans (surcoût=3,5 Mds€) limiterait la rentabilité à 7,8% (contre 9,2%)

 

http://www.lesechos.fr/10/03/2016/lesechos.fr/021758106494_edf—la-cour-des-comptes-apporte-son-lot-de-doutes-sur-hinkley-point.htm#xtor=RSS-41

 

 

 

Le marché UK de l’énergie est 20% plus cher que le continent (car le marché est insulaire)

 

Les prix de HP incluent la remise à niveau des industries de la filière UK (relocalisation), comment conclure sur une rentabilité sur un exemplaire d’EPR ?

 

 

Le coût de base : et sur 80 ans, c’est encore mieux que sur 60 ans, qui sera déjà de :

 

60 years: EPR will produce 740 TWh = 14€/MWh (1,4 cent/kWh), so 2,5 x less capex than PV.

 

  • Bien sûr il faut ajouter les autres coûts d’opex et d’amortissement (dont financiers).

 

 

  • Les prix :
    1. Comparatif éolien + gaz

http://www.world-nuclear-news.org/NN-Rivazs-open-letter-on-Hinkley-3008161.html

 

“offshore wind have recently averaged £137 per MWh, with a further £10 per MWh required to cover its intermittency

 

which compares poorly to Hinkley Point’s £92.50 per MWh »

 

L’éolien est donc 60% plus cher, et avec du gaz en backup.

 

Ou au moins £ 119,89 pour EA1, ou £ 114,39  pour 2020 BHEG Wallsall  (cf lien Thibault Lalonde)

 

 

Et £10 pour gérer l’intermittence parait bien optimiste, surtout en insulaire UK…

 

 

    • Prix du marché :

http://fsr.eui.eu/nuclear-power-france-overseas

 

« If the market price for electricity. included social cost of carbon + capital cost of capacity, it would be established at £72/MWh »

 

  • Ou voit que £90 pour le second site UK n’est que de 20% plus cher que le prix du marché de £72.

 

 

 

    • Le montant du projet : les médias dramatisent les chiffres.

Une simple règle de 3 avec 1 EPR de 1 650 MWe nous amène a un coût voisin de 8 Mds d’€. Alors qd on parle de 19 Mds d’€ pour la totalité.

 

Cessons de faire peur en incluant les Opex dans les 23 Mds€ de HP.

 

 

    • Seule inquiétude à avérer : Christian Taxil, administrateur EDF de la CGC pose la question ici :

« Développement  important des ENR (garantie d’accès réseau): HPC devra être modulable, mais les électrons non produits ne seront pas payés »

https://t.co/a7Lri2XoJj

Effectivement ?

 

 

 

 

 

Idée reçue n°12bis : « Les EPR seront trop couteux pour produire de l’électricité compétitive »

Lu dans Le Monde daté du 29 mars.

En France, appel d’offres de 3 GW d’éoliennes de mer pour 10 milliards
d’euros. Avec un facteur de charge de 0,3, ça fait 10 euros de W moyen
sur l’année. L’équivalent d’un EPR (1,6 GW avec un facteur de charge de
0,9) coûte donc en investissement 14 milliards d’euros. Comme les
éoliennes sont données pour fonctionner 20 ans et l’EPR 60, ça fait en
réalité 42 milliards d’euros d’investissement éolien pour l’équivalent
d’un EPR.
En Allemagne, marché de 600 MW pour 1,2 milliards d’euros. Même facteur
de charge, donc 6 euros par W moyen. L’équivalent d’un EPR pour 3 fois
8,4 milliards d’euros, soit 25,2 milliards d’euros.

 

D’autant que si la première unité en France a du anormalement essuyer les platres, gageons que les unités suivantes seront de plus en plus économes en capital.

 

Et on dit que l’EPR à 7 milliards d’euros est cher ??